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La grève des transbordeuses d'oranges

Au début du XXe siècle, les marchandises des trains qui transitent à la gare-frontière de Cerbère doivent être transbordées par des "dockers" ferroviaires. Pour les délicates oranges, le travail est confié à des femmes. Mal payées pour un travail pénible, elles se mettent en grève en 1906. C'est le premier mouvement exclusivement féminin de l'histoire. Il durera presque un an.

English Flag

 

Au début du XXe siècle, Cerbère Baignade dans le port de Cerbère à la frontière Franco-Espagnole dans les Pyrénées Orientalesest une belle ville de 1.300 habitants. Sa chance : l'activité frontalière due à sa proximité avec l'Espagne. Elle possède une douane pour contrôler les marchandises et une gendarmerie pour juguler la contrebande.

La Compagnie des Chemins de Fer du Midi et la Compañia de los Ferrocarriles de Tarragona a Barcelona y Francia s'y rejoignent le 21 janvier 1878. Mais il y a un hic. France et Espagne n'ont pas le même écartement de voie : 1,43 m pour la France et 1,66 m pour l'Espagne. Pourquoi ? Au moment où les Anglais adoptent (chose étonnante) le standard européen à 1,44 m, les chemins de fer espagnols leur rachètent leur stock de rails et de traverses aux anciennes normes…

 

Était-ce vraiment une économie ? Pas sûr. Cette incompatibilité matérielle oblige les passagers à changer de train lors du passage de la frontière. Arrêt buffet qui peut être agréable, d'autant que la vue est belle sur la baie.

 

Mais il faut transborder les transborder. Le produit principal venant d'Espagne est l'orange de Murcia et de Valence. De Cerbère,Vous longez la corniche qui mène au port de plaisance de Cerbère il en part pour tout les pays. Leur manutention est délicat et leur conditionnement doit être parfait car le voyage peut s'avérer long, jusqu'en Russie quelquefois.

 

Ainsi naît le métier de transbordeuses d'oranges. L'activité se développe sous la houlette de transitaires, commissionnaires et autres intermédiaires en import-export. Ces sociétés emploient sur place la Le coeur du village de Cerbère petit hameau de pêcheursmain d'oeuvre, essentiellement des femmes, dont le salaire est faible et le travail pénible. Rémunérées à la tâche, sans d'électricité, elles charrient à la lanterne des paniers de 15 à 20 kg. Jugez donc : 5.000 personnes en ont charrié pendant 80 ans, manipulant au total quelque 20 millions de tonnes d'agrumes et 15 millions de marchandises diverses.

 

Le 26 février 1906, les femmes décident d'arrêter : elles réclament les 25% d'augmentation qu'on leur promet depuis 1903. Leurs patrons, les transitaires, ne bougent pas, ne veulent rien entendre. Elles forment un syndicat. Les transbordeuses sont appelées "les Rouges". Elles se couchent sur les rails, prêtes à mourir sous les roues du train de Perpignan qui s'arrête à deux mètres à peine de leurs corps. Elles se glissent sous les essieux. Il faudra faire intervenir les soldats de la caserne de Perpignan pour les en déloger.

 

Ce mouvement de grève est le premier purement féminin de l'histoire française. Il dure presque un an, jusqu'au 3 décembre. Les femmes ont fermement tenu leurs positions et sont demeurées inflexibles jusqu'à satisfaction de leurs revendications.

 

Le transbordement s'est prolongé jusqu'en 1960. Ensuite, une autre solution a été trouvée : des mécaniciens changeaient simplement les essieux. Fini le métier de transbordeuse. Une statue d'une femme avec un panier d'oranges au cœur de Cerbère rappelle cet épisode méconnu de la Lutte des Classes que les historiens étudient aujourd'hui sous l'angle de la Lutte des Genres. Classe ou genre, ce fut une sacrée lutte !

À LIRE : LA TRANSBORDEUSE D'ORANGES, d'Hélène Legrais

 

Le village frontalier de Cerbère, au début du XXe siècle, n'est qu'un hameau de pêcheursCerbère ancien petit hameau de pêche est devenu point de mouilage pour les caboteurs entouré de vignes. Cependant, quand on s'approche de la gare, dans la vapeur et la fumée des trains, c'est l'effervescence : par wagons entiers, les oranges d'Espagne arrivent à quai.

Les vieux Catalans comme Sauveur Ribéra détestent cette agitation et ce maudit chemin de fer. Pourtant, sa fille Rosette a choisi le dur travail de transbordeuse de ces fruits ensoleillés, un produit de luxe à cette époque. La jeune femme s'endurcit, gagne peu à peu son indépendance, et, lorsque la grève éclate, elle est au premier rang de ses camarades féminines.

Mais comment conduire une révolte quand on est amoureuse du fils du patron ? (281 pages chez Pocket).

 

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