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Gréements et CIe

LES NAVIRES GRECS ENFIN CONTRE LE VENT

Les Grecs étaient de grands mathématiciens et de grands marins. Pourquoi auraient-ils navigué sur des bateaux aux carènes et gréements conçus avant l'Age du Bronze ? La voile dite "latine", comme beaucoup le croient, serait-elle venue d'ailleurs, vers 200 après J.-C. ? En fait, les Grecs utilisaient depuis bien longtemps une voile à géométrie variable, tantôt carrée, tantôt triangulaire qui permettait, avec l'augmentation du plan anti-dérive, d'entrer dans le monde merveilleux des bateaux qui vont "contre le vent" !


Toutes les parties du monde maritime et toutes les époques ont eu leurs voiles. L'archéologie a révélé que les premières étaient rectangulaires. On peut le comprendre, n'importe quel Robinson qui construirait un radeau en ferait autant : un drap porté en haut d'un mât par une vergue disposée comme la barre du "T". La vergue peut pivoter autour du mât mais elle reste en position horizontale. Et voilà le gréement antique, dit "carré".Le taillemer-Marseille

Toute la Méditerranée est pleine de représentations ou d'épaves de tels bateaux. Cela semble logique : comme le plus simple des cerfs-volants doit avoir deux bâtonnets en croix pour tendre la toile, la voile d'un bateau doit être soutenue par un mât vertical et un espar perpendiculaire qui l'offre ouverte au vent. Le bas de la voile n'a pas besoin d'être tenu ouvert par une pièce de bois parallèle à la vergue sauf en Egypte, voir photo).

Deux écoutes frappées dans les coins du tissu libre suffisent pour en contrôler le creux. Voilà pour le gréement qui, pour être primitif n'en a pas moins été utilisé jusqu'au XIXe siècle tant il est efficace.

UNE PROPULSION AUXILIAIRE

Très creuse et plus large en haut qu'un spinnaker, la voile carrée est puissante aux allures "portantes" (on se fait pousser). Elle trouve son efficacité maximale en plein vent arrière sur un bateau qui n'a qu'un seul mât, au grand largue (vent de trois-quarts arrière) sur ceux qui en ont plusieurs afin d'éviter qu'elles ne se déventent les unes-les autres.

Les bateaux 100% "carrés" comme ceux de l'Antiquité ou à 95% comme la Santa Maria de Christophe Colomb sont donc totalement tributaires du vent qui doit "porter". Le reste du temps, vent contraire ou pétole, on attend là où on est.
Si on ne peut pas attendre, on doit opter pour un autre mode de propulsion. Avant le moteur, la seule option était la rame. Les navires de guerre grecs, Perses, Carthaginois ou Romains ne pouvaient se permettre de temps morts, d'autant que la Méditerranée n'a pas de régimes de vents constants sur la longue durée comme les alizés atlantiques.

Sur les galères militaires, la vitesse, la constance de l'avancement et la manœuvrabilité étaient primordiales. Des centaines de rameurs, voire des milliers (voir l'article sur les "hyper-galères" en page 14) assuraient la propulsion. La voile n'était qu'un auxiliaire pour les temps de repos, un complément qui, en cas ne nécessité, permettait d'atteindre les 10 nœuds !

Or, si la voile antique est carrée, la célèbre et omniprésente voile dite "latine", image de la Méditerranée éternelle et des bateaux de tout le bassin de Mare Nostrum est triangulaire. Comment, pourquoi est-on passé de l'une à l'autre ?

DU CARRE AU TRIANGLE

Certaines sources indiquent que la voile latine serait arrivée en 400 ou 600 de notre ère. D'autres disent qu'elle est néeMarseille-Carte d'expédition du côté de l'Australie, arrivée dans l'Océan Indien vers -200 av. J.-C. et introduite en Méditerranée en l'an 200 de notre ère, 800 ans après l'arrivée de Prôtis, alors que les Romains avaient remplacé les Grecs au Bar de la Marine et le seraient bientôt à leur tout par les Wisigoths. Voici pourquoi la "barquette massaliote" n'existait pas dans le port du Lacydon Si tout cela est si vague, c'est qu'il n'y eu aucune  "importation".

Des sources scientifiques sérieuses(1) penchent pour une évolution progressive de l'usage de la voile carrée qui se serait peu à peu et à volonté "triangulée". Explication :

Les voiles carrées, à la manière des rideaux de théâtre qui se "froncent" quand on les remonte, pouvaient être ferlées par des cargues, cordages répartis régulièrement sur la largeur du bas de la toile, passant à travers des anneaux pour monter jusqu'à la vergue et ramenés au poste de commande à l'arrière (voir illustration N°1). Ces cargues étaient à la fois des bosses de ris et des drisses : en tirant également tous les cordons à la fois, on "remontait le rideau" (N°2), partiellement ou totalement, selon que l'on voulait réduire la voilure ou ferler totalement la voile sur la vergue.

En bordant inégalement ces cargues, certaines parties de la voile se relevaient plus que les autres. On pouvait ainsi ferler totalement la toile à une extrémité de la vergue et la laisser entièrement déferlée à l'autre, lui donnant ainsi la forme d'un triangle rectangle dont la base géométrique restait la vergue horizontale en haut de mât (N°3).

Cette vergue étant équipée à chaque extrémité de balancines pour la soutenir et en contrôler la position, il était possible de l'apiquer (incliner) et de faire ainsi basculer ce triangle (N°4). Et enfin, en positionnant la vergue plus bas sur le mât, on obtenait ce qui ressemble de très près à une flèche de voile latine (N°5). Par ces manœuvres, on jouait sur la position du centre de voilure, l'abaissant et le reculant vers le centre de carène, le faisant même passer en arrière du mât, un peu à la manière d'une planche à voile.

CHOISIR LE CAP OU LA DERIVE

Cet usage sophistiqué de la voile carrée permettait de gagner de précieux degrés d'angle par rapport au lit du vent. Du grand largue, on pouvait passer au vent de travers, voire tenter un petit largue. Ainsi, les navires de commerce pouvaient faire de grands bord au portant avec toute la puissance de leur gréement carré et manœuvrer un peu le long des côtes en configuration triangulaire. Pratique pouHoctère-Marseiller passer un cap, ou, le soir, se dévier pour gagner la crique de mouillage. Et remonter au vent ?  
On ne peut pas parler de voile sans parler de la carène. Les bateaux antiques étaient faits pour le cabotage. Ils faisaient de petites étapes. Les ports étaient la plupart du temps des plages, parfois abritées par un brise-lames. On ne se mettait que très rarement à quai, seulement dans les grands ports marchands.
Les bateaux étaient chaque soir tirés au sec. Ceci implique l'absence de quille. A part le minimum pour assurer la rigidité longitudinale et assurer un lien solide avec les membrures, rien ne dépassait en dessous afin de s'échouer à plat.

Or, un bateau à fond plat avance "en crabe" dès que le vent commence à être latéral. Quand il essaie de remonter au vent, il perd en dérive tout ce qu'il gagne en cap. En Méditerranée où il n'est pas possible à un quillard de profiter de la marée descendante pour s'échouer en restant droit sur des béquilles l'impossibilité d'accroître le plan de dérive vers le bas empêche de profiter des avantages de la voile "à géométrie variable". Comment résoudre ce problème ?

ENFIN REMONTER AU VENT !

Un peu de théorie : ce qui empêche un bateau de dériver (le plan anti-dérive) est l'ensemble de ce qui est sous la ligne de flottaison, vu de côté, en ombre chinoise. Peu importe sa configuration, ce qui compte c'est la surface mouillée. Alors, élémentaire, mon cher Pythéas !, ce qu'on ne peut gagner en profondeur, on le gagne en longueur. Comme on le voit sur de très nombreux bas-reliefs, mosaïques et céramiques, les bateaux ont été rallongés à l'avant. En tout cas ceux auxquels on demandait le lus de performances, les navires de guerre.Trième-Marseille

Ce qu'on appelle joliment un taillemer (voir le bas-relief) est un prolongement de la quille à la proue, ce qui donne cet aspect d'étrave inversée. Sur les galères militaires, ce taillemer a été prolongé d'un rostre, l'éperon qui, renforcé de bronze, a aussi trouvé un second usage : détruire par collision les navires ennemis. La même opération n'a pas été faite à l'arrière pour garder toute son efficacité du gouvernail, la poupe pouvant ainsi déraper latéralement d'autant plus facilement que la proue était "fixée" sur l'eau (comme sur un chariot où les roulettes fixes sont à l'avant et celles qui peuvent pivoter du côté de la main de celui qui le dirige).

A ces grandes inventions-mères se sont ajoutées toutes sortes d'innovations concernant le gréement et l'accastillage pour aboutir à une véritable révolution nautique : remonter au vent !

On imagine quelles perspectives nouvelles cela a pu ouvrir : les jours de navigation possible sont plus nombreux et plus longs, les destinations deviennent plus proches et les temps plus cours, les équipages de rameurs (quand il y en a) peuvent être moins sollicités et moins nombreux et, en conséquence, la charge embarquée plus importante. Du coup, l'horizon s'élargit, autant pour les conquêtes militaires que pour l'expansion du commerce. La seule limite est la capacité de naviguer de nuit, ce qu'un marin astronome comme Pythéas savait faire, ce qui le conduisit jusque dans les glaces polaires

Mais ils n'étaient pas nombreux.

ET VOICI LA BELLE "LATINE"

Ainsi serait née la belle voile latine, aujourd'hui symbole Méditerranée. Une belle histoire. On la croit d'autant plus qu'on se demanderait pourquoi les Grecs, avec leur degré de connaissances mathématiques et physiques, leur science de la mer et leur inventivité se seraient contentés de bateaux conçus à l'Age du Bronze !

Certes, une "vraie" voile latine taillée d'origine en triangle est plus efficace (pas de plis) pour les allures contre le vent, mais, au portant, un triangle pointe en bas offre moins de surface qu'un vrai carré. C'est le choix des pêcheurs pour qui bien manœuvrer par tous les vents, avec un gréement simplifié et un équipage encore plus réduit est plus important que d'aller vite en ligne droite.

Plus tard, il y a eu toutes sortes de variantes des voiles triangulaires, selon les besoins, la possibilité d'avoir des mâts assez hauts, des haubans assez efficaces Puis est arrivée la voile "bermudienne", un autre triangle, sans vergue, coulissant le long du mât et embômée. Mais c'est une autre histoire que ni Ulysse, ni Prôtis, ni Pythéas n'ont jamais entendue.

Christophe Naigeon

Cabotages magazine, créateur du Nautourisme, revisite le nautisme et le tourisme côtiers en Méditerranée