Cabotages.Méditerranée- Le portail de vos escales en Méditerranée
Cabotages.Méditerranée- Le portail de vos escales en Méditerranée
Cabotages.Méditerranée- Le portail de vos escales en Méditerranée
Cabotages.Méditerranée- Le portail de vos escales en Méditerranée
Cabotages Magazine
Cabotages Méditerranée
Le site internet de Cabotages.Méditerranée
  • Contacter Cabotages
  • Cabotages sur Facebook
  • Le blog de Cabotages chez Over-Blog
  • Cabotages sur Twitter
  • Les flux RSS de Cabotages
Les réseaux sociaux de Cabotages.Méditerranée
Rechercher sur cabotages.fr
La boutique de Cabotages, sacs étanches et abonnement magazine
Actu vidéo

Les vidéos de Cabotages


Les vidéos de Cabotages
Arles Rhône 3

Suivez l'aventure !


Les vidéos d'Arles Rhône 3

Cabotages et les formations aux métiers de la mer
L'appli mobile de Cabotages
 

Le bassin de Thau

Petite mer, usine de vie marine méditerranéenne

Le bassin de Thau est un monde. Une croisière de quelques jours est un bonheur pour les yeux et les papilles. Mais, si vous voulez y caboter plus malin, voici quelques informations utiles pour comprendre comment marche cette "machine de vie" qui fait si bien pousser les huîtres.


Une grande pierre bleue ovale sertie entre quatre griffes vertes : collines de la Mourre et mont Saint Loup au Sud-Ouest, massif de la Gardiole et mont Saint Clair au Nord-Est. Une petite mer de vingt kilomètres de long sur quatre à cinq, séparée de la grande par un cordon de sable de onze kilomètres, le lido, plage de Sète.

Trois cent quarante millions de mètres cubes, son volume d'eau, lui vaut de porter le titre de bassin. Et pourtant, le terme d'étang est souvent employé alors que l'eau n'y est pas stagnante, bien au contraire. C'est plutôt une lagune. Quoi qu'il en soit, d'Argelès au Grau du Roi, c'est le plus grand plan d'eau côtier.

Et aussi le plus profond. La preuve ? Prenez votre calculette : avec une superficie de 7.500 ha, sa profondeur moyenne est de quatre mètres cinquante, alors que les autres en dépassent rarement trois.

DEUX CANAUX, QUATRE MERS

Navigable, donc. Seule la rive Sud-Est, le long du lido, est à éviter. Les fonds remontent brutalement de cinq mètres à quelques dizaines de centimètres Les zones marécageuses et humides des alentours dites "gourds" sont des réserves naturelles de grand intérêt.Le bassin de Thau est la jonction salée entre  les eaux douces du canal du Midi et du canal du Rhône à Sète

Navigable, donc navigué. Le bassin de Thau est la jonction salée entre les eaux douces du canal du Midi et du canal de Rhône à Sète, et, par ces deux voies, celle de quatre mers d'Europe : Atlantique, Méditerranée, Mer du Nord, Baltique. La preuve ?

Voyez les couleurs arborées par les voiliers qui remâtent après avoir franchi le continent par les voies d'eau intérieures : îles britanniques, côtes wallonnes, bataves, germaniques ou scandinaves. On trouve même de lacustres Helvètes

Carrefour mondial très fréquenté, y compris par les marins d'un été qui pilotent des pénichettes rembourrées comme des auto-tamponneuses et les considèrent comme telles ! Mais le plan d'eau est sûr. Quand le vent s'y lève, la mer reste couchée. Les dangers sont bien signalés, les chenaux balisés. La nuit, en revanche, attention à ne pas vous frotter aux installations conchylicoles, non signalées. Pour notre plus grande gourmandise, le quart de la superficie est occupé par les "tables" à huîtres qui  garnissent celles de nos cockpits.

MER DU NORD ET MER ROUGE

Le bassin de Thau est le berceau de la conchyliculture, l'huître en est la reine et Bouzigues son palaisLe bassin de Thau est le berceau de la conchyliculture, l'huître en est la reine et Bouzigues son palais. La région fournit l'essentiel du naissain pour la France entière et la renommée de la "Bouzigues" déborde largement le cadre national, n'en déplaise à ceux qui ne jurent que par les atlantiques !

Pourquoi cette excellence ? L'huître pousse en eau salée mais profite d'une eau plus douce pour s'affiner. L'essentiel de l'eau du basin provenant de la mer, elle est salée, mais il suffit de déguster en hiver puis en été pour sentir que le degré de salinité varie beaucoup entre les saisons, passant de la mer du Nord à la mer Rouge : entre vingt-sept  et quarante grammes de sel par litre.

L'été, le bassin est plus salé que la mer. Sous la double action du soleil et du vent, en particulier du mistral sec , cent dix millions de mètres cubes s'évaporent chaque année, laissant environ 3,3 millions de tonnes de sel dans l'eau qui reste. C'est beaucoup le tiers par rapport aux quelques 10 millions de tonnes que contient la totalité de l'eau du bassin.

Un second phénomène s'ajoute : plus l'eau est salée, plus elle est "lourde". Lestée par le sel ainsi abandonné, l'eau de surface "coule" vers les couches inférieures où poussent les huîtres.
Voilà donc pourquoi, en été, le bassin est plus salé que la mer ouverte (40g/l contre 35g/l). Mais il est bien plus doux l'hiver (27g/l contre 35g/l). Pourquoi ?

GOUTTE D'EAU DANS LA MER

Le principe est simple et bien connu : une goutte de pluie dans la merL'étang de Thau, Balaruc les Bains, Bouzigues, Mèze... ne la change pas. Dans un espace restreint comme le bassin de Thau, ce n'est plus tout à fait vrai. Les 640 litres par mètre carré (6.400 m3 par hectare) qui tombent en moyenne chaque année, essentiellement de l'automne au printemps, représentent, sur les 7.500 ha du bassin, 48 millions de mètres cubes, soit la moitié de ce qui s'en évapore l'été.

A cela il faut ajouter ce qui tombe sur ce qu'on appelle le "bassin versant", la zone alentour de récupération des précipitations. Celui de Thau couvre, selon les calculs de l'IFREMER, 25.000 ha qui reçoivent donc, selon les nôtres, 160 millions de mètres cubes de pluie. Si, comme l'indique la même institution, un tiers s'infiltre ou s'évapore, il en revient à la lagune 106 millions.
Ajoutez à cela la dizaine de millions que représentent les apports "invisibles" des sources sous-marines, comme celle du Gouffre de la Bise, entre Balaruc et Bouzigues, une résurgence à 20°C qui jaillit à trente mètres de fond.

En revanche, les canaux du Midi et du Rhône à Sète ne comptent pas pour grand chose car l'eau n'y circule que très peu.

Le bassin recevrait donc bon an mal an la moitié de son volume total en eau "nouvelle" et douce (164 millions de m3) pour l'essentiel entre octobre et mars, alors qu'il en perdrait un tiers (110 millions de m3) par évaporation, principalement en saison chaude et ventée. Ces "gouttes d'eau" sont assez nombreuses pour faire l'objet de contrôles permanents pour prévenir d'éventuelles pollutions agricoles et industrielles : la qualité du milieu préféré des huîtres et notre santé en dépendent.

TROIS ETROITS ENTONNOIRS

Quant à parler du renouvellement de l'eau selon les "sources" les plus sérieuses (IFREMER, Thau Agglomération, Ecologistes de l'Euzière) cela va de cinq mois à plusieurs années.
Heureusement, ces querelles de chiffres n'ont pas de sens. Quel rapport entre le fond de la lagune vers Marseillan et les abords de la Pointe Courte où le courant peut atteindre deux nœuds ? Et quel rapport entre la couche d'eau marine superficielle et récente, la couche des mélanges et celle plus stagnante du fond ? Elles se remplacent et glissent en tous sens en permanence

En fait, c'est la marée qui cause les plus grands mouvements d'échange. A Sète, le marnage est en moyenne de 40 cm. A chaque marée montante, le bassin de Thau va se remplir par les trois étroits entonnoirs que sont le grau de Pisse-Seaume, le chenal des Quilles et les canaux de Sète. Evidemment, pendant les six heures et demie que cela dure avant que le mouvement ne s'inverse, le bassin n'aura pas le temps de se mettre à niveau. Selon que les vents accélèrent ou ralentissent le mouvement, la "marée" dans la lagune varie entre un et cinq centimètres. C'est peu, dites-vous ?

Prenez encore votre calculette : 1 cm de hauteur sur 7.500 ha, cela fait 750.000 m3. Pour un marnage de cinq centimètres, on arrive à 3.750.000 m3 à écouler en six heures, dont l'essentiel sous les ponts de la Pointe Courte.

Grosso modo 150 m3/s : une piscine chaque seconde ! Et cela quatre fois par cycle de 24 heures 50 minutes et 28 secondes, cycle de la lune.

Vue aérienne du Bassin de ThauQuant à savoir si c'est de l'eau "neuve" ou bien si c'est en grande partie la même qui fait le va-et-vient entre les bassins du port de Sète et les Eaux Blanches il faudrait justement la colorer

Maintenant, vous pouvez ranger vos affaires et aller vous y baigner. Pas l'hiver : la température y est deux fois moindre qu'en pleine mer (7° en moyenne). Mais l'été, elle peut monter à 28°C. Les Caraïbes !

Profitez-en car, selon certains experts, le lido, malgré les efforts pour le conserver, devrait disparaître pour cause de hausse du niveau de la mer. Le bassin de Thau deviendrait le golfe de Thau. Selon d'autres savants, au contraire, le bassin entame une nouvelle période d'ensablement et va se combler

Claude Roger
Christophe Naigeon

Cabotages magazine, créateur du Nautourisme, revisite le nautisme et le tourisme côtiers en Méditerranée