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Prôtis et Gyptis

QUAND LES MARSEILLAIS AVAIENT L’ACCENT GREC

L’histoire de la rencontre improbable des Grecs et des Gaulois, le mythe de la princesse gauloise et du beau marin grec,  fondateur de la cité qu’on appelle phocéenne.

 

Nous sommes vers 600 avant J-C. Les Grecs ne le savent pas, mais ils vivent la fin de la période “archaïque” de leur histoire. Socrate, Platon, Aristote, Hérodote et tant d’autres philosophes ne viendront que deux siècles plus tard, à l’époque “classique”, mais déjà, dans les “cités” qui se créent et s’organisent, naît la Domokratia.

A Athènes, la cité-mère, les aristocrates qui mobilisaient les terres et les pouvoirs ont été mis à mal par des législateurs : Dracon et ses principes draconiens sur le droit commun, puis Solon pour qui leLacydon citoyen est digne de se gouverner. On discute sur les Agora, lieux de parole libre. A condition d’être citoyen athénien et de n’être pas esclave.

La Grèce n’est pas un pays au sens actuel du mot, c’est une fédération de cités autonomes. Ce n’est pas un territoire “terrestre”, c’est de l’eau salée avec un peu de terre autour om pousse la vigne, l’olivier, des céréales et où paissent des chèvres.

Aucun point ne se trouve à plus de cent kilomètres de la mer Egée. Dire que les grecs sont des marins est un Euphemismos

Alors que Romulus et Remus sortent à peine de dessous leur louve de mère pour fonder le petit village de Rome, il y a deux cents ans qu’Homère a fini d’écrire l’Iliade et l’Odyssée et Thalès, mathématicien, astronome et philosophe met au point le fameux théorème qu’il lèguera aux élèves du monde entier. Vous avez dit “archaïque” ?

LES HELLENES CHEZ ASTERIX

Pendant ce temps-là, sur la côte méditerranéenne de “Gall” que les Romains appelleront plus tard la Gaule, les indigènes sont des Ségobriges, du groupe des Saliens, fusion de peuples ligures (venus du sud vers -1800) et de Celtes (arrivés de l’Est à partir de -1000). Installés également sur les côtes italiennes, ce sont eux ces mêmes Gaulois celto-ligures qui, en -390, échoueront dans leur tentative de prendre la ville de Rome à cause des oies du Capitole qui donnèrent l’alerte.

Mais en -600, ces Ségobriges sont installés sur les hauteurs du proche arrière-pays provençal où pousse le chêne vert et prolifère une faune digne d’Astérix : cerfs, ours et sangliers. Leur mode de vie est plutôt rudimentaire. Chasseurs, pêcheurs et bûcherons, ils vivent probablement dans les bories, ces petites constructions de terre sèche. Pas question pour eux de cultiver un sol caillouteux. Ils ne connaissent ni la vigne, ni le tour de potier, ni l’écriture.Monnaie

Le géographe grec Posidonios parle de « ces hommes petits et trapus et vigoureux et batailleurs qui vivent dans un pays si sauvage et aride,  dont le sol est si pierreux qu’on ne peut rien planter sans se heurter au rocher. Le travail est pénible et les privations rendent la vie des celto-ligures difficile et font leur corps maigre et sec.

Les femmes doivent trimer comme les hommes. Les hommes compensent le manque de blé par la chasse. Ils escaladent les montagnes comme des chèvres ».

Phocéens et Ségobriges, une rencontre fort improbable et qui pourtant, va donner naissance à une ville puissante et respectée.

Quand, bien plus tard, les Romains en feront leur capitale provençale, ils accorderont aux massaliotes, entre autres privilèges, celui d’avoir des places gratuites dans tous les théâtres de Rome C’est dire !

LES PERSES CHEZ LES PHOCEENS

Prôtis est un Phocéen. Phocée, sur les côtes de la mer Egée, est aujourd’hui Foça, en Turquie, une petite bourgade de pêcheurs, où en 1913 et 1914 les fouilles de Félix Sartiaux, ont révélé les traces de la cité grecque d’Asie mineure.

Autour de -600, à l’est de Phocée, il est un autre territoire, terrestre et immense, la Perse. Alors que Zarathoustra en fonde la religion, le roi Cambyse 1er, successeur du grand Cyrus,   ambitionne de jeter les Grecs d’Orient à la mer. Ses succCarte-Herodotusesseurs y réussiront et parviendront jusqu’à Athènes.

Pour les Grecs, conquérir le monde, c’est conquérir un espace de mer délimité par des “comptoirs” entre lesquels établir de nouvelles routes commerciales. Ils ont déjà établi de telles colonies en Sicile, en Espagne, en Corse Avec la menace perse, la question n’est plus d’accroître l’empire maritime mais de décaler vers l’Ouest l’espace vital commercial et, éventuellement chose nouvelle de déplacer des populations.

Prôtis est un marin. Il navigue, il commerce, il imagine des terres lointaines. Sans doute rêve-t-il aux récits de son père, Euxène, qui, en navigant bien au-delà du détroit de Messine, avait découvert la somptueuse embouchure d’un fleuve ouvrant sur des espoirs de comptoirs commerciaux nouveaux : le Rhône.

ARRIVEE EN PAYS SEGOBRIGE

C’est Arganthonios, roi de la mythique Tartessos, comptoir Phocéen d’Andalousie qui a en partie financé, dit-on, une expédition vers ces terres prometteuses. Simos et Prôtis, dont le nom signifie “le premier”, sont appelés à la diriger. Forts des indications précieuses d’Euxène et avec 150 hommes d’équipage répartis sur deux impressionnantes galères des “pentécontores” ils mettent pied à terre en pays Ségobrige.

La beauté du bassin de navigation leur rappelle la cité originaire, Phocée et ses îles. Du haut du massif de Marseilleveyre, ils viennent de découvrir la sœur jumelle de leur lointaine patrie. Venus sans intention belliqueuse, ils sont bien accueillis par les autochtones. Bien plus que cela, même.
Temple d'Arthémis et d'Ephèse

Le roi Ségobrige, Nann prépare la noce de sa fille Gyptis (Petta, pour Aristote). Il y convie nos explorateurs. La règle locale veut à cette époque que, durant le festin, la princesse offre à celui qui deviendra son époux, une coupe d’eau de la Fontaine d’Ivoire. Obéissant à la coutume, la belle choisit parmi tous les prétendants réunis, Prôtis, l’hôte (Euxénos pour Aristote) et lui tend la coupe d’Hyménée (Hymen est le dieu grec du mariage).

L’histoire est scellée. Prôtis reçoit en dot une calanque, un port naturel, abrité du vent par des collines qui servent aussi de précieux guets. Large à l’intérieur mais fermé par une entrée étroite, le port dispose côté terre, d’un espace suffisant pour envisager une cité nouvelle. Par son mariage avec la belle gauloise, Prôtis est le maître du Lacydon, berceau du futur Vieux Port.

Comme bien d’autres comptoirs, Marseille deviendra une cité-état grecque indépendante : Massalia (Mas-sallia, la “maison des saliens”) est née. Les marins grecs s’unissent à d’autres gauloises. De ces couples mixtes et bilingues naîtra la première génération phocéo-celto-ligure du comptoir Massaliote.

LA CIVILISATION PUIS LA GUERRE

Si le ventre de leurs bateaux recelait des trésors inconnus des Ségobriges amphores remplies d’huile et de vin, céréales et lingots d’étain les nouveaux arrivants étaient avant tout porteurs de la culture et des savoirs-faire d’une civilisation avancée qui transformera les autochtones :

« Les Gaulois apprirent d’eux à vivre de façon plus civilisée, après l’amollissement et l’abandon de leurs mœurs barbares ; ils apprirent à cultiver les champs et à entourer les villes de remparts alors également ils s’habituèrent à vivre sous des lois, non sous les armes, à tailler la vigne, à planter l’olivier, et un si grand éclat s’attacha aux hommes et aux choses qu’il semblait que ce n’était pas des Grecs qui avaient émigré en Gaule, mais la Gaule qui avait été transportée en Grèce » (Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée. Livre XLIII Origines de Rome et de Marseille).Marseille

Mais, soixante-cinq ans plus tard, la lune de miel prendra fin entre les colons et les indigènes. En 546, Phocée tombe entre les mains des Perses. Des très nombreux réfugiés affluent à Massalia, la phocéenne.

L’équilibre numérique entre l’hôte et l’invité est brutalement rompu. Les Ségobriges trouvent soudain bien encombrants et hégémoniques ces gens, venus en petit nombre et à qui ils avaient offert l’hospitalité.

Sous le commandement de Coman, successeur de Nann, les autochtones essaient de renvoyer les Grecs d’où ils viennent. Déjà très nombreux et très déterminés à s’accrocher à cette nouvelle terre, les Phocéens se défendent derrière les remparts qu’ils avaient déjà érigés. Dans cet affrontement armé, les autochtones ne font pas le poids.

Les Grecs s’imposent, tuent Coman et, en représailles, détruisent le village ségobrige de Marseilleveyre.

Une autre page de l’histoire de Marseille commence.

 

Emma Chazelles

Cabotages magazine, créateur du Nautourisme, revisite le nautisme et le tourisme côtiers en Méditerranée