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Pythéas

“ARTEMIS A LA FLECHE” SUR LA ROUTE DE L’ETAIN

PythéasEuthymenes le grand navigateur explorateur qui passa pour le premier “galégeur” marseillais. Prôtis a débarqué au Lacydon il y a deux siècles et demi.

 

La Grèce est entrée dans sa période “classiquPythéase”, l’ère des grands philosophes. Et de la reconquête. Alexandre le Grand, en battant les Perses qu’il poursuit jusqu’en Egypte après avoir défait Darius III, offre leur revanche aux Phocéens, eux qui avaient été jetés à la mer en 546 et avaient du se réfugier dans les autres “cités”, comme Marseille.

Pendant les périodes troublées, les Grecs n’ont jamais cessé d’être des marins et des commerçants pour qui la création de comptoirs tout autour de la Méditerranéenne est une condition de leur survie. Plus que la conquête par la force, c’est le négoce maritime qui est l’arme numéro un de ces navigateurs infatigables.

Vers -450 avant J.-C. Euthymènes, franchissant les colonnes d’hercule le détroit de Gibraltar est allé vers le sud jusqu’au Sénégal, croyant y trouver le Nil. Revenu de ces mers où deux fois par jour, la mer monte et descend chose étonnante pour un Méditerranéen il dira : « J’ai navigué sur la mer Atlantique.

Elle cause le débordement du Nil, tant que les vents étésiens se soutiennent ; car c’est leur souffle qui pousse cette mer hors de son lit. »

FRANCHIR LES “COLONNES”

Un siècle après lui, un autre navigateur passera les colonnes : Pythéas, astronome et mathématicien marseillais, partit à son tour à la découverte de l’Océan Extérieur où il choisit la route de l’Atlantique nord.

Le but de cette expédition : ouvrir la route de l’étain. La Grèce civilisée et militaire avait besoin de ce métal pour ses ustensiles quotidiens autant que pour les armures de ses soldats. Principalement de Cornouaille, elle importait à grands frais cette matière première stratégique par voie terrestre et fluviale. Mais il y avait aussi l’ambre de la Baltique et d’autres matières précieuses des pays “barbares”.

Pythéas avait convaincu le Boulé, l’assemblée des Timouques, (l’équivalent de nos députés) qui gouvernait la prospère cité phocéenne, mais avait aussi trouvé des sponsors parmi les marchands de Massalia et peut-être même d’Emporion, en Espagne. Fort de ce mandat et de ces moyens, Pythéas quitte sa charge d’astronome à l’observatoire de Marseille d’où il donne l’heure chaque jours aux citoyens et met le cap vers Gibraltar.

Ces portes de la Méditerranée qui ouvrent sur le grand Inconnu sont sous blocus de l’ennemi carthaginois. L’histoire ne dit pas si c’est par ruse ou diplomatie qu’il le franchit mais ont sait qu’il prit la route vers le Nord et fut le premier Grec à découvrir la Bretagne.

NAVIGUER DE NUIT

Son  bateau, baptisé Artémis à la Flèche en l’honneur de la déesse massaliote, est rapide est solide. Les archéologues semblent d’accord pour dire que c’est un pentécontore (cinquante rameurs sur deux bancs de nage) long de 35 m pour 5 m de large, non ponté, gréé “carré” (voir photo). C’est sans doute le seul navire de l’expédition.Navire sur poterie

Nul doute que son ventre profond recèle nombre d’amphores d’huile et de vin car on en retrouvera sur les lieux de son passage mais il emporte des biens et, exceptionnellement, des vivres, céréales et fruits sec. Ceci est exceptionnel car la navigation de cette époque supposait  de mettre pied à terre chaque soir et de tirer le bateau sur le rivage. Et, donc, d’avitailler.

Sans doute ses réserves sont-elles une sage précaution face à des escales fort incertaines dans ce monde inexploré. Mais aussi Pythéas prévoyait-il des étapes comportant plusieurs jours de navigation sans toucher terre. Car cet astronome, contrairement aux marins de l’époque, savait naviguer aux étoiles. Elève d’Eudoxe de Cnide, il avait appris à calculer la hauteur astrale. Il peut donc déterminer sa latitude.

Pythéas double la pointe du Raz, la Cornouaille, l’île de Wight et découvre Albion, cette muraille de craie qui prend son nom de sa couleur : albus, blanc. Il en parcourt le territoire à pied et passe beaucoup de temps avec les “Britannis”, les autochtones qui se peignent le corps (du celtique “brith”, bariolé, les “Pictes” des latins).

Partout où il passe, le capitaine-scientifique observe, interroge, mesure, calcule, cartographie

AFFRONTER L’INCONNU GLACE

Puis il repart en mer. Le pentécontore poursuit sa route nordique : après le Sud de l’Angleterre, il en longe toute la côte Est, dépasse l’Ecosse et, en six jours de navigation hauturière, franchit le 60° parallèle et atteint probablement Thulé (l’Islande). Le capitaine prévoyant avait eu bien raison de s’encombrer de réserves de vivres, d’huile et de vin ! Sans doute aussi avait-il acquis des vêtements de fourrure pour son équipage auprès des tribus rencontrées

Car, dans ces mers boréales, les conditions de navigation sont épouvantables pour ces Méditerranéens, loin de leur familier “centre du monde”, de sa lumière, de sa chaleur et de ses coups de vent secs. Ici, même les tempêtes sont étranges. Ces hommes qui pourtant en ont vu d’autres sont effrayés par ces immenses blocs d’eau douce gelée qui errent dans le brouillard sur cette eaux de mer glacée et fumante, par la nuit qui n’existe presque plus. S’ils étaient venus l’hiver !

Pythéas est un aventurier mais aussi un bon marin, de ceux qui veulent rentrer à la maison : Artémis à la Flèche n’ira pas plus loin, prudemment, elle fait demi-tour.

C’est par les îles Shetland puis entre l’Irlande et la côte Ouest de l’Angleterre que la galère regagne les zones relativement tempérées de la Manche. Mais au lieu de rentrer directement vers la Bretagne, elle longe encore une fois les falaises de craie, et cabotant cette fois le long de la côte Nord  l’Europe, double les îles de la Frise et arrive en mer Baltique, le pays de l’ambre. Mission accomplie.

OBSERVER, CALCULER, DECRIRE

Explorateur fidèle à la mission confiée par ses financeurs marchands massaliotes, il a pris note des lieux d’escale, s’intéressant tout particulièrement aux embouchures des grands fleuves, le Rhin, la Seine, la Loire et la Garonne. Il a rapporté dans les cales de son navire les échantillons des richesses trouvées sur place. Les preuves de sa réussite. Et aussi beaucoup de richesses immatérielles.

Ethnographe avant l’heure, Pythéas a consigné les mœurs des Britanniques, « ces gens simples qui ne boivent pas de vin mais une boisson à baseCarte du monde d'après Pythéas d’orge fermentée ». Il a décrit tous les autres peuples rencontrés, ceux qu’il appelle les “Nordiques”, les Celtes, les Goths ainsi que les Irlandais avec leurs rituels nécrophages et les gens de Thulé avec leur hydromel.

Géographe, il est le premier à avoir tracé la carte des îles britanniques et à en donner la dimension. Jour après jour, il a tenu avec précision son livre de bord où il a noté toutes sortes de choses étonnantes : la banquise, ce continent de glace, et ses îles flottantes, la mer qui ne se ressemble plus avec ses courants, ses immenses houles, ses grandes et petites marées, mouvements qu’il nomme poétiquement le “poumon marin” mais qu’il calcule avec une précision scientifique. Il a décrit minutieusement des effets connus de nos jours comme étant ceux provoqués par le Gulf Stream.

Astronome, il a calculé l’obliquité de la terre et donné sa circonférence à l’aide d’un gnomon, sorte de cadran solaire. Spécialiste du calcul du temps, il s’est intéressé aux jours qui s’allongeaient démesurément. En corrélant ce phénomène avec ses relevés des positions stellaires, il a ainsi confirmé la rotondité de la terre qu’Aristote avait déjà prouvée d’une autre manière à l’occasion de l’observation d’une éclipse.

Fort de ces mesures, Pythéas suggèrera de concevoir autrement le temps et la durée. Il proposera une journée de 24 h, de durées égales et constantes, et de faire varier la durée du jour et de la nuit. A cette époque, un cycle journalier était constitué de 12 h de jour et 12 h de nuit, la durée des heures variant selon les saisons. Il indique la latitude presque exacte de Massalia.

ET RENCONTRER L’INGRATITUDE

Quand Pythéas franchit à nouveau les Colonnes d’Hercule, sa mission est doublement accomplie : il a ouvert la Route de l’Etain et fait une extraordinaire moisson d’observations géographiques, anthropologiques et astronomiques. Mais, quand ce Marco Polo Phocéen revient à Marseille (six mois, un an ou plus après son départ, on ne sait pas très bien), l’accueil n’est pas à la mesure de son mérite.

Quand il explique le phénomène des marées par la corrélation entre le flux, le reflux et le déplacement de la lune, on le prend pour un “fada”, car les érudits de son temps préfèrent attribuer cette montée des eaux à l’apport des rivières ainsi que son prédécesseur Euthymènes, marin mais pas mathématicien, l’avait interprété.

Pythéas bouscule mille convictions et passe pour un incapable. La réussite de sa mission qui consistait à ouvrir une route vers les pays du Nord est éclipsée par les révélations scientifiques qu’il tente vainement de partager avec les intellectuels de son temps qui le méprisent et l’humilient publiquement. En somme, il passe pour le premier affabulateur marseillais Et la polémique qu’il suscite va traverser les siècles.

L’homme génial et intrépide consigne ses travaux exceptionnels dans deux ouvrages. Le principal, récit de son voyage et somme de ses observations, intitulé De l’Océan, disparaîtra dans l’incendie tragique de la bibliothèque d’Alexandrie.

JUSQU’A LA RMarseilleECONNAISSANCE

Comment a-t-on alors eu connaissance de ses découvertes ? Grâce à ses détracteurs. Une sorte de connaissance à travers les yeux des autres, ou “en creux” à travers les nombreux ouvrages qui ont été écrits par d’autres pour démonter ses affirmations. On connaît ainsi son œuvre par les écrits d’Aristote, de Pline l’Ancien, d’Hipparque, de Diodore de Sicile et grâce à ceux de son principal détracteur, Strabon, géographe qui ne naviguait pas et qui, presque deux siècles après le retour de Pythéas, écrivait que le vie n’était pas possible dans les régions situées au-delà des tropiques et sous la Grande Ourse.

Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour qu’il soit enfin admis au panthéon des grands navigateurs, explorateurs et scientifiques. Alors qu’on mettait pour la première fois le pied sur cette étrange contrée qu’est la Lune, les astronomes lui ont enfin rendu hommage en donnant le nom de Pythéas à un cratère lunaire.

 

Emma Chazelles


A lire :
Une République des Marseillais, Aristote (384-322 av.J-C)
Yves Roman, La Gaule et les Mythes Historiques, de Pythéas à Vercingétorix
François Herbaux, Puisque la Terre est Ronde
Yves Georgelin, Pythéas, Explorateur et Astronome

Cabotages magazine, créateur du Nautourisme, revisite le nautisme et le tourisme côtiers en Méditerranée