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Saudade

Le pointu marseillais où est né Cabotages.Méditerranée

Au début, il s’appelait Niort. Drôle de nom pour un pointu marseillais. Quand je l’ai acheté, il était devenu Ny-Hor, comme une jonque vietnamienne. Je l’ai rebaptisé Saudade en souvenir du Cap Vert, de la grosse dame en robe Tati entendue à San Vicente puis à Mèze il y a…  longtemps, avant qu’elle ne devienne Césaria, la diva au pieds nus. Mais ceci est une autre histoire.

Saudade en 1947

Celle du bateau commence avant guerre. Un enfant d’immigrés italiens, Michel Scotto di Perotolo, charpentier de marine, fabrique des chaloupes de sauvetage pour les fériboâtes des Messageries Maritimes à Marseille. La paix revenue, il se met à son compte et installe son atelier au-dessus du Vieux port, rue Neuve Sainte Catherine.

Son premier client lui commande une barquette pour la pêche au gangui, filet à armature qui racle le fond pour les poissons de roche de la bouillabaisse. Ce “râteau” exige une hélice plus profonde une longueur supérieure aux pointus ordinaires. Scotto lui fait un bateau sur mesure, inspiré autant par les barquettes du 19ème siècle que les canots des paquebots.

Résultat très différent des pointus signés Ruoppolo qui, depuis les années vingt font la carte postale du Sud : une carène effilée à la tête et à la queue, ventrue au milieu comme une sardine qui porte des œufs. Elégance, succès, mais brisons le mythe   dans la houle, c’est un culbuto.

Pour les barquettes Scotto, la grâce n’est pas la priorité. Ce pointu est voulu stable et fonctionnel comme une chaloSaudade en 1955upe : étrave droite, coque tout de suite large, calant profond à l’arrière. “Plus grand dedans que dehors !”.

Du petit atelier, il est sorti sur son flanc pour passer la porte à imposte. Puis, sur un chariot à roulettes, il dévale la Rampe Saint Maurice jusqu’au port. Cette descente en toboggan a sans doute été la phase la plus dangereuse de sa première vie, celle de bateau de pêche.

Courte carrière, car en 1949, l’usage du gangui, déjà jugé trop irrespectueux des fonds, est sévèrement limité. Que devient ce pointu rondouillard au chômage technique ? Mystère.

Ce que je sais par ses papiers, c’est qu’il a une seconde naissance officielle en 1952, sous le nom de Niort. L’architecture d’origine du bateau se prête à la transformation en voilier de plaisance : teugue pour abriter une grande cabine de propriétaire à l’avant, rouf de bonne hauteur pour le confort du crâne dans le carré, cambuse en marbre, toilettes, bois rouge vernis partout, barre à roue et accastillage en bronze, gréement sloop moderne.

Dans l’économie ravagée de l’après-guerre, ce yôte écume les calanques avec des messieurs en blanc et des dames à foulard. Son nouveau patron est un petit bourgeois Marseillais. Sa photo est à bord. A côté d’un copain en salopette, il trône dans le carré, hilare sous sa moustache de séducteur et sa casquette d’amiral d’opérette.

 

En 1990, Niort devient Ny-Hor. Ses propriétaires parisiens le font restaurer totalement. A l’identique. Des mois de labeur à Hyères avec le charpentier Philippe Girard. Travail récompensé par la revue Voiles, qui le  présente comme le plus beau pointu de la Méditerranée. C’est vrai qu’il l’était. Presque trop. Un bibelot plus qu’un bateau. Chichis et fanfreluches. Mais j’en suis tombé amoureux en 1999.

 

La voile, je connaissais. Eté, hiver, lac, mer, régates… Mais une pièce de musée de cinq tonnes qui ne freine pas et recule en biais, c’était nouveau. De La Ciotat à Carnon son premier port à l’ouest du Rhône puis, année après année au fil des cabotages, il m’a tout appris en me pardonnant beaucoup. Le plan de voilure a été changé en cotre, il a été équipé et accastillé pour naviguer. Jusqu’à ce 17 août 2003 quand la tornade l’a cueilli par surprise au large de Faraman. De force 5 de sud-est à force 10 d’ouest en cinq minutes. Dantesque. Cinq heures de bagarre. A force de taper dans les pyramides d’écume, deux varangues cassent. C’est le début de la dislocation. Grosse voie d’eau. Les pompes meurent d’épuisement. Cinq mille litres d’eau à jeter par dessus bord avec le seau. Ca vaut 3€ et ça vous sauve la vie. Canal 16 : Pann-pann ! La SNSM arrive. Remorquage jusqu’aux Saintes Maries. Merci José.

Depuis, Saudade a été à nouveau totalement restauré avec la fée époxy. Un an de travail. Par Daniel Scotto, le petit fils du papa de Saudade. De grand-père en petit-fils, depuis trois générations, ils font des bateaux en bois, dans le même atelier avec la vue sur le port, le Pharo et le Frioul. Ca aussi, c’est de l’amour. Et du talent. Merci Daniel.

 

Un autre des grands mérites de Saudade a été de m’amener à Sète. A Carnon, j’étais un caïd. Admiration des boulistes et des touristes. A Sète, j’étais à nouveau de la taille des chaloupes des cargos. Remis à ma place, en sorte.Saudade en 2007
Quelle ville, quel port ! Le coup de foudre. Les bruits, les odeurs, les couleurs, les Sétois, une vraie conspiration. J’étais ferré comme une daurade à la Pointe courte.

Ce journal aussi, c’est la faute à Saudade. S’il ne m’avait pas, depuis huit ans, porté de port en port, je n’aurais pas éprouvé cette frustration de ne rien savoir sur les eaux, les fonds, les villes, les bateaux et les gens qui les habitent. Je n’aurais pas eu l’idée de faire  Cabotages.Coastwise, avec quelques copains, un canard de mer fait pour les marins dans notre genre.

Christophe Naigeon

Cabotages magazine, créateur du Nautourisme, revisite le nautisme et le tourisme côtiers en Méditerranée